Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES)
Pratiquer et déployer la sociologie

L’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES) est une association française créée en 1989, à l’initiative de deux sociologues français, Catherine Paradeise et Pierre Tripier, afin d’assurer "la défense et la promotion de la sociologie dans l’enseignement supérieur". Ses statuts, votés par l’assemblée générale constitutive du 11 janvier 1989, ont été déclarés le 26 mai 1989.

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Elections CA 2017 - Professions de foi
Article mis en ligne le 20 juin 2017

par Cécile Rabot
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Professions de foi

Christel Coton
Maître de conférences en sociologie au sein de l’institut AES de l’université Paris 1 où j’ai été recrutée en 2009 et membre du CESSP-CSE, je suis témoin, comme beaucoup d’entre vous, de tout ce que produisent les restructurations imposées, à marche forcée, à l’enseignement supérieur et à la recherche.
Elue pour un premier mandat au CA de l’ASES en 2014, puis au Conseil National des Universités en qualité de membre du bureau de la section 19 (sociologie, démographie), j’ai occupé une place malheureusement privilégiée -  - pour continuer à observer et à essayer de lutter contre la dégradation de l’enseignement supérieur et la mise à mal des valeurs et principes qui en garantissent l’autonomie scientifique et politique. La lutte contre la mise en place du très mal nommé « suivi de carrière » par la CP-CNU – véritable mise au pas gestionnaire des enseignants-chercheurs par la direction de leurs établissements d’affectation, a occupé une part importante de mon mandat au sein de l’ASES. Cette implication au sein du CNU 19 a permis d’alimenter les réflexions déjà traditionnellement portées par l’association autour de la question de l’autonomie de l’évaluation portée par les pairs, de ses conditions de possibilités et de la façon dont on pouvait contribuer à en renforcer la légitimité, notamment contre la montée en puissance des principes gestionnaires qui ne cessent de gagner du terrain dans nos établissements. A l’heure où l’ensemble de la communauté se mobilise derrière les membres de la section 36 du CNRS dont le travail d’évaluation a été balayé et désavoué par le jury d’admission du CNRS, ces questions restent centrales et doivent continuer à nous maintenir éveillés et en lutte. C’est pour poursuivre ce combat et tous les autres, que je représente ma candidature au conseil d’administration de l’ASES, avec le souhait de poursuivre et renforcer mon implication dans la gestion et le maintien en haleine d’une des dernières institutions nationales qui nous reste.
Une association professionnelle telle que l’ASES constitue pour moi une ressource rare. Parce qu’elle repose sur un collectif « choisi » et non imposé par les logiques de regroupements institutionnels fondés sur les seuls critères d’une « excellence » aux contours non réfléchis, elle rend possible l’existence et l’entretien d’une parole alternative susceptible de nourrir des ripostes sur les fronts qui ne cessent de se dresser dans nos institutions respectives. Enfin, en centralisant, en produisant et en mettant à disposition de la communauté universitaire, des ressources susceptibles d’armer les projets et les actions des uns et des autres, elle constitue une réponse aux dégradations des conditions de travail (enseignement et recherche) auxquelles nous devons faire face dans nos établissements de rattachement.
Ma candidature au CA de l’ASES s’appuie ainsi sur une triple aspiration qui fait écho au travail mené de longue date par l’association :
- la volonté de participer au travail de contre feux engagé contre les représentations associées à notre discipline et à nos étudiants dans l’espace médiatique et académique ;
- la volonté de participer à la diffusion de toutes les ressources (informationnelles, juridiques, pratiques) pouvant permettre à ceux qui ne souscrivent pas aux orientations politiques et institutionnelles actuelles, d’être « à la barre » sur leurs terrains respectifs, c’est-à-dire tous ceux où ils ont encore une voix à faire valoir ;
- et enfin, la volonté de participer à l’entretien et à l’amélioration de la transparence des procédures de qualification, de recrutement et de promotion dans nos institutions respectives, et ce pour maintenir à son plus haut niveau la qualité des recherches et des enseignements proposés dans l’Université et la recherche publique.

Artemisa Flores Espinola
Docteure en sociologie, sans poste pour l’an prochain, je me propose de continuer à oeuvrer au sein de l’ASES contre la précarisation croissante de l’enseignement supérieur et de la recherche. Rattachée au Centre de Recherches Politiques et Sociologiques de Paris (CRESPPA) où je fais partie de l’équipe Culture et Sociétés Urbaines (CSU), j’ai soutenu en 2013 à Madrid une thèse de doctorat, non financée, sur la façon dont l’analyse féministe fait évoluer les pratiques scientifiques, en proposant notamment de nouvelles approches méthodologiques et épistémologiques. Par la suite, pour subvenir à mes besoins, j’ai effectué des vacations et donné des cours de sociologie à Paris 13, à Paris 8 et à Sciences Po. J’ai ensuite été ATER, en sociologie à Paris 8 et cette année en sociologie de l’éducation à l’ESPE de Paris. Aujourd’hui, ma situation reste donc très précaire.
Elue au conseil d’Administration de l’ASES il y a 3 ans, je souhaite me porter candidate pour un second mandat qui me permettra de continuer le travail d’information et de visibilisation des conditions dégradées de l’enseignement supérieur et de la recherche. Très active depuis de nombreuses années au sein de collectifs de travailleurs précaires dans l’ESR, je considère que la lutte contre la précarité et pour l’égalité réelle des chances requiert la mobilisation la plus large de tout le personnel de l’ESR. Et l’ASES constitue une plateforme idéale dans cette perspective.
J’ai pu participer en 2014 à l’organisation de la journée d’étude « Misère des postes, recrutements misérables » lancée par l’ASES en collaboration avec l’AFS, l’AESCSP et l’ANCMSP, afin de débattre collectivement des procédures de recrutement au CNRS et à l’Université. Aujourd’hui, les procédures de recrutement de titulaires sont de plus en plus difficiles à vivre pour les candidat.e.s, tandis qu’il devient compliqué de les mettre en œuvre de façon satisfaisante pour les membres de comités. Les perspectives actuelles ne laissent présager aucune amélioration de ce point de vue (comme nous venons encore une fois de le vérifier avec le déclassement des candidats au concours du CNRS en section 36), ce qui promet d’aggraver une situation déjà dramatique. Je me suis engagée en faveur d’une plus grande transparence des procédures de qualification et de recrutement dans notre discipline en prenant l’année dernière l’initiative de faire établir un bilan des recrutements en sociologie et en sciences politiques en collaboration avec l’ANCMSP. Initiative qui se poursuit actuellement pour tirer le bilan de l’année 2016-2017.
Je souhaite poursuivre ce travail et m’engager davantage sur la diffusion de l’information afin d’améliorer la transparence des recrutements. Je suis également déterminée à suivre les initiatives visant à dénoncer le harcèlement sexuel dans l’ESR et me propose de participer à l’organisation du travail pour remplir le wiki-MCF dans la campagne de recrutement pour les années à venir.

Matthieu Hély
Je suis engagé au sein de l’ASES depuis 2008, à la suite de la mise en oeuvre de la LRU n°1. Cet engagement est motivé par la volonté de promouvoir des normes collégiales ancrées au sein de notre discipline et de ses institutions nationales. Ayant été nommé par la DGESIP en avril 2017 pour coordonner les travaux de mise en conformité des formations supérieures en travail social avec le grade Licence, je souhaite prolonger mon mandat au moins jusqu’à la fin de l’année civile. Ce chantier s’inscrit dans la continuité des réflexions au sein de l’ASES sur les liens entre travail social et sociologie (suite à la journée d’études d’octobre 2016). J’aurai l’occasion d’en dire plus lors du bilan moral de la prochaine assemblée générale de l’association.

Maricel Rodriguez Blanco
Doctorante en fin de thèse en sociologie à l’EHESS et chargée de cours à l’Université de Paris 8, je souhaite prolonger mon mandat au sein du CA de l’ASES.
Durant ma thèse qui porte sur les mouvements et organisations de chômeurs et leur rapport à l’État, j’ai travaillé comme ATER en sociologie et en espagnol, puis connu le chômage, l’endettement, et les différents statuts précaires qui lui sont associés (RSA, ASS, etc.). Depuis deux ans, je travaille également comme vacataire à la BnF, et connais depuis la précarisation au sein de la fonction publique dans une institution prestigieuse comme la bibliothèque nationale. À ces conditions de travail qui rendent difficile l’achèvement de ce travail de recherche de plusieurs années, s’ajoute d’année en année l’horizon de plus en plus incertain qui pèse sur les doctorant-e-s quant à leur avenir professionnel dans l’enseignement supérieur et la recherche.
Dans ce contexte de plus en plus éprouvant qui est celui de la grande majorité des doctorant-e-s et docteur-e-s non financé-e-s disposant de faibles ressources économiques lorsqu’ils sont vacataires et aussi souvent contraint-e-s de renoncer à enseigner à défaut d’« employeur principal » ou de statut d’ « auto-entrepreneur », il me semble toujours plus fondamental et urgent de contribuer au travail et aux réflexions qu’a engagés l’ASES depuis plusieurs années dans les luttes contre la précarisation de l’enseignement supérieur et de la recherche parmi d’autres chantiers.
Ainsi, je voudrais continuer à participer aux débats collectifs et aux actions menées par l’ASES, sur l’état de la recherche et de l’enseignement supérieur en général et, plus particulièrement, sur la précarisation de notre travail et les moyens de la combattre, sur la façon de veiller à la transparence et l’égalité dans les procédures de recrutement, etc. Cette démarche est importante en ce qu’elle intègre les doctorant-e-s et docteur-e-s souvent isolé-e-s pendant le long chemin de la thèse ou de l’après-thèse, ce qui prend également tout son sens pour valoriser la place de la sociologie au niveau national mais aussi international.
Enfin, ayant enseigné la sociologie comme ATER au sein de cursus professionnels (à l’Université de Blaise Pascal et à l’Université de Strasbourg) et comme chargée de cours à Sciences po, j’ai pu expérimenter de près les questions et parfois difficultés qui se posent dans la formation à la pensée sociologique des non-sociologues. Je suis donc particulièrement soucieuse d’aborder les questions de l’enseignement sociologique à des non-sociologues qui sont elles aussi au cœur des préoccupations de l’ASES. D’autant plus dans la situation politique actuelle où la sociologie en tant que discipline et pratique apparaît de plus en plus menacée.
C’est pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, que je souhaite renouveler mon engagement au sein du CA de l’ASES.

Jérémy Sinigaglia
Elu au conseil d’administration depuis 2014, et membre du bureau (au titre de la « Team web ») depuis 2015, je suis candidat au renouvellement de mon mandat d’administrateur.
Si je souhaite maintenir mon engagement, c’est d’abord pour poursuivre le travail d’analyse critique des réformes de l’enseignement supérieur réalisé au sein de l’ASES. J’ai participé, depuis son lancement en 2012, à l’enquête sur les budgets des universités, menée par une petite équipe composée de membres de l’ASES. J’ai assuré la coordination de ce groupe de travail à la suite d’Odile Henry et nous avons publié ensemble une synthèse de cette enquête collective (« De l’autonomie à la mise sous tutelle  ? Contraintes budgétaires et stratégies gestionnaires des universités », Savoir/agir 15–24, 2014). J’aimerais, avec d’autres, reconstituer au sein de l’ASES un groupe de travail chargé de suivre les (contre-)réformes menées dans le champ de l’ESR par le nouveau gouvernement (avec plusieurs dossiers brûlants comme la place et le rôle du CNU et des instances d’évaluation, la mise en place du suivi de carrière, les débats autour de la sélection à l’université, des droits d’inscription etc.). Je suis particulièrement attaché à ce que j’estime être une des missions principales de l’ASES : contribuer, à notre mesure, à diffuser au sein de la « communauté » des sociologues des instruments critiques pour penser les transformations de notre monde professionnel, de manière à accompagner voire favoriser les mobilisations contre la précarisation de l’ESR, la remise en cause de notre autonomie scientifique, etc.
C’est en partie pour cela que je souhaite poursuivre la réflexion et le travail réalisé pour actualiser la « communication » de l’ASES (nouveau site Internet, réseaux sociaux, etc.). Il s’agit notamment de faire que sorte que soient mieux diffusées nos prises de position et plus largement les activités de l’association et que les collègues, quel que soit leur statut, puissent accéder plus facilement aux ressources que nous mettons à leur disposition (informations sur les étapes de la carrière, outils pédagogiques…).
Le rôle de l’ASES, à mon sens, est également de se tourner vers « l’extérieur ». D’une part, pour défendre l’image des sciences sociales, et de la sociologie en particulier, régulièrement attaquée (« culture de l’excuse », « usine à chômeurs », « théorie du genre », etc.). D’autre part, pour prendre part au débat public sur différents sujets politiques et sociaux, de manière à lutter contre les prénotions de toute sorte en prenant appui sur les résultats d’enquêtes sociologiques. C’est aussi à cela, je crois, que doivent servir nos différents canaux de communication.
Enfin, étant enseignant-chercheur dans un Institut d’études politiques (MCF en section 04 après une thèse en section 19), je souhaite contribuer à la réflexion sur le rôle de la sociologie comme science critique et sur la place des enseignants et chercheurs intervenant dans des départements non principalement dédiés à la sociologie et/ou dans des disciplines connexes des sciences sociales.

Fanny Vincent
Après m’être mise en retrait quelques mois de la vie associative universitaire le temps de terminer ma thèse de sociologie (que j’ai soutenue en décembre 2016 à Dauphine, sur la question du temps de travail à l’hôpital public), je souhaite aujourd’hui m’y réinvestir et c’est la raison pour laquelle je présente ma candidature au CA de l’ASES. Ancienne membre du bureau et présidente de l’ANCMSP, j’ai eu l’occasion de me familiariser et de collaborer avec l’ASES à plusieurs reprises (organisation de la journée d’information et de mobilisation sur les recrutements de janvier 2015, états-généraux lors du dernier congrès de l’AFS, communiqués communs…).
En tant que jeune chercheuse, et bientôt au chômage (je suis à la fin de mes années d’ATER), je me sens de plus en plus désemparée face à la montée de la précarité et à la multiplication des « contrats pourris » diffusés sur les listes, allant de pair avec la réduction du nombre de postes de titulaires, face au maintien de « mauvaises pratiques » ou d’une opacité dans certaines procédures de recrutements, mais aussi face à l’injonction faite aux chercheur.e.s de faire la preuve de leur « utilité » sociale et économique, ou encore face à la volonté grandissante de l’État d’encadrer notre autonomie pour mieux nous intégrer dans les logiques gestionnaires d’évaluation à la performance et de concurrence accrue. Face à ces constats assez tristes, l’ASES constitue une association précieuse et essentielle à l’organisation collective des forces de résistance et de mobilisation de l’ESR, faisant preuve d’une vitalité qui fait du bien au moral. C’est pourquoi je serais ravie de pouvoir prêter main forte aux différents chantiers qu’elle mène.
Par ailleurs sensible aux représentations et aux attaques dont notre discipline est victime dans les discours politiques et médiatiques, il me tient à cœur depuis quelques temps de contribuer au travail de longue haleine de « défense » de la sociologie que conduit l’ASES avec l’AFS. Constatant un peu plus chaque jour l’urgence de faire davantage pénétrer la sociologie dans les espaces sociaux en général et à l’école en particulier, je réfléchis, avec plusieurs doctorant.e.s de mon laboratoire, à l’idée de créer une association pour la promotion de (l’enseignement de) la sociologie en primaire. Par l’intervention de sociologues dans les classes, l’objectif serait d’initier les élèves au raisonnement et à la méthode sociologique, à la déconstruction du sens commun et à la « dénaturalisation du social » (via la réalisation de petites enquêtes par entretiens ou observations, de construction de questionnaires, d’ateliers ou pourquoi pas de jeux). Cette idée rejoint totalement l’appel qu’avait lancé Bernard Lahire il y a quelques temps – et la première chose à faire est d’ailleurs de voir quelles initiatives existent déjà. Rien n’est encore fixé concrètement – c’est pour l’instant un projet – et j’aimerais, si d’autres membres sont intéressé.e.s, pouvoir en discuter au sein de l’ASES.

Laurent Willemez

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